Les Instruments Authentiques

Il y a une cinquantaine d’années, on redécouvre la Musique Ancienne et les instruments historiques conservés dans nos musées…c’est la révolution!
Un premier pas est franchi dans la réalisation de copies d’instruments, dans l’interprétation d’après les sources et dans l’apprentissage des techniques de jeu d’époque.
Mais l’aventure n’est pas terminée, c’est pourquoi, riches de leurs expériences et toujours à la pointe de la recherche, les instrumentistes de la Société de Musique Ancienne de Nice ont voulu aller encore plus loin.

JEAN-FRANCOIS MADEUF
« La trompette est par sa nature un instrument très dur et très ingrat, mais le travail et l’aptitude de ceux qui se destineraient à l’étude de cet instrument, peuvent lui donner la perfection dont il est susceptible [...] »

Ce préambule du trompettiste français Joseph-David Buhl au début de sa méthode daté de 1825 est éternellement vrai, que ce soit avant lui à l'époque baroque ou après lui jusqu'à notre époque contemporaine. C'est cette intuition, partagée avec ce monsieur que je n'ai jamais eu l'honneur de connaître et le respect du chemin accompli par d'autres illustres trompettistes du passé (on pense à Gottfried Reiche au service de Bach à Leipzig même si celui-ci n'a sans doute jamais joué le présent concerto) qui m'a toujours guidé dans mon travail d'interprète et d'enseignant sur la trompette naturelle.
Qui dit trompette naturelle parle de l'instrument sans système ou artifice (trous, coulisse, pistons) venant en altérer la colonne d'air et qui a été en usage jusqu'au début du XIXème siècle et même plus tard parfois. L'échelle des sons jouables en est limitée par rapport à ce que peuvent produire une flûte à bec, un hautbois ou un violon, et l'Encyclopédie de souligner d'ailleurs en 1785 que « [...] la trompette a deux défauts considérables ; le premier, que dans son étendue elle ne peut former ou exprimer qu’un certain nombre de notes [..] ; le deuxième, que quatre des notes qu’elle exprime, ne sont point d’un accord parfait. »

Comme ceux-ci ne s'inscrivent pas vraiment dans l'intonation d'un clavier bien tempéré, « il ne dépend que de l'art du joueur de les rendre justes [...] » nous précise toujours l'Encyclopédie confirmant finalement que l'« On trouve des gens qui sonnent si délicatement de la trompette, & qui en tirent un son si doux, que cet instrument tient sa place, non-seulement dans la musique d’église, mais aussi dans la musique de chambre ; de sorte que dans la musique italienne et allemande, nous trouvons souvent des [...] parties [qui] doivent être exécutées par ces instruments. »
Lequel présent instrument est une copie de trompette d'après Haas (1ère moitié du XVIIIème siècle) réalisée par Markus Raquet, facteur et restaurateur installé à Bamberg. La copie de l'embouchure est celle d'un original du musée de Londres mais probablement allemand de la 1ère moitié du XVIIIème siècle également.
J'espère ne pas avoir à rougir devant mes ancêtres qui nous entendent certainement et ai pris de toute façon beaucoup de plaisir à jouer la musique éternelle de Bach !

MARIE-CLAIRE BERT
Une semaine à jouer une des plus belles musiques jamais écrites, dans un lieu paradisiaque, où 6 femmes et 7 hommes ont donné le meilleur de ce qu'ils aiment et de ce qu'ils sont. Une semaine magique où le mot "sinfonie" a pris tout son sens premier d'«ensemble harmonieux », de "faire ensemble".
L'alternance originale de sinfonies et de concerti m'a tout de suite fait penser à une respiration naturelle entre douceur, couleur, raffinement, et puissance, force, énergie. Je me suis sentie bien dans ce beau moment de vie.
La musique est pour moi le vecteur d'une émotion, aussi précieuse d'éphémère, que je vais puiser au plus profond de moi pour la partager avec l'autre. La flûte à bec, de part sa nature simple et directe, a toujours été ma meilleur complice dans cette quête.
Si aujourd'hui un petit frisson vous surprend au détour d'une note, si une larme brouille un instant votre regard, ce que j'ai ressenti avec mes compagnons pendant ces quelques jours d'enregistrement n'était pas un rêve.

Flûte à bec réalisée à Rome par F.Livirghi d’après Rottenburgh.

ELSA FRANK
Cela fait quelques années qu’avec Jérémie Papasergio nous essayons de percer le mystère des instruments à anches doubles. En effet, depuis la redécouverte des hautbois et bassons baroques, beaucoup de compromis de techniques ainsi que de facture instrumentale ce sont normalisés aux dépens des éléments historiques conservés, notamment les anches, les tubes et les doigtés décrits dans les tablatures anciennes.
Nos recherches ont aboutie à des instruments dont le son timbré et pénétrant permet une adéquation entre leur langage et le phrasé musical. Pour cet enregistrement, nous avons choisi de jouer sur des modèles français, restants ainsi fidèles au contexte historique.

Hautbois en ébène copié par O.Cottet en 2003 d’après un Anonyme français.
Hautbois d’amour modèle Eichentopf par O.Cottet en 1997.
Flûte à bec fabriquée en 1998 par F.Livirghi d’après Rottenburgh.

DAMIEN GASTAUD
Hautbois d’Olivier Cottet construit en 2007 d’après Kronenburg.

SIBYLLE SCHUETZ
De nationalité et de culture allemande, c’est tout naturellement que depuis mon enfance, j’ai baigné dans l’univers musical de Jean-Sébastien BACH. Ce qui surprend dans l’œuvre de ce génie, c’est le parfait équilibre entre la rigueur luthérienne et la puissance de l’émotion. Bach, c’est l’intelligence du cœur ou la passion de la raison. Avec l’Ensemble de Musique Ancienne de Nice, cela a été un immense plaisir de participer à l’enregistrement de ce disque qui, pour moi, a été un peu comme un bain de jouvence.

Basse de Viole de Pierre JAQUIER 1992, archet : Solange CHIVAS

FLAVIO LOSCO
Entre Sicile et Bretagne, mes origines, j’ai trouvé mon port d’attache à Nice dès l’âge de 6 ans. Là, j’étudie au Conservatoire le violon, l’orgue, les percussions, le solfège, l’écriture et la musique baroque. Plus tard, je me suis également formé au chant lyrique.
Appelé comme violon solo par différents ensembles spécialisés dans la musique ancienne en France, et ailleurs, je suis un homme comblé, heureux d’interpréter un répertoire extraordinaire, d’en vivre, et… d’habiter avec les miens « Nissa la Bella »!
violon de Pierre JAQUIER, dit Mathias, datant de 1997

STEPHANIE PAULET
Prenez un magnifique cloître
Dans un lieu privilégié
Un lieu où les hommes de tout temps
Ont su regarder le silence

Réunissez de joyeux musiciens
En quête d’un peu d’authenticité
Autour d’un Maître incontesté, Génie
Ce Grand homme d’exception, J.S.Bach

Dîtes-leur d’apporter
Un peu de ce qu’ils sont
De ce en quoi ils croient
Un instrument d’Amour*

Alors peut-être aussi toucherez-vous, Ami
A ce temps hors du temps
Et goûterez, heureux, ces moments partagés
Où l’on est, où l’on crée
Où l’on sait cet endroit
Le juste lieu pour soi

*Cette viole à bras de la famille des violes, m’a permis d’accéder à de nouvelles sensations physiques bien agréables: sa grande résonance (due en partie à ses cordes sympathiques),son halo de sons tout autour de moi m’ont rappelé une phrase d’un certain Hubert le Blanc pouvant lui être appliquée bien que ne lui étant pas tout à fait destinée: «…ni la raison du plus fort ne sera la meilleure, ni la fausseté ne sera de recepte en musique….Vous ne devez néanmoins point effacer les charmes de l’harmonie femelle qu’a… » la viole d’amour!

Remerciements particuliers à Hélène Platone pour m’avoir prêté sa viole d’amour et Jean-Paul Bourru, facteur de cet instrument, luthier et musicien de qualité.

Violon de David Tecchler, 1737

SANDRINE FEUER
A l‘évocation du son que je cherchais, adolescente, pour mon nouveau violon, le luthier m’avait répondu que je décrivais le son d’un violon baroque. Peu après, j’entendais pour la première fois un concert sur instruments anciens et j’ai su tout de suite que le luthier avait vu juste et que je ferais de cet instrument mon moyen d’expression. Depuis, ma fascination pour la richesse sonore et la souplesse d’articulation qu’offre un archet baroque est restée intacte. Actuellement je joue sur un violon allemand du XVIIIe siècle attribué à l’école de Leopold Widhalm dont le timbre fruité m’avait immédiatement séduite.

GEORGES JALOBEANU
La vie m'a offert de changer de pays, de cultures, de styles de
musique... J'ai été amené a modifier souvent ma façon de concevoir la
musique en passant aussi par différents instruments.

J'ai le plaisir de jouer actuellement sur l'unique copie d'un ténor de
violon de Stradivarius, dont l'original se trouverait à Florence, copie
réalisée en 1983 à Paris par Olivier Manoury. Son timbre très riche
rapproche cet instrument à la fois du violon, de l'alto et de la viole de gambe.

ETIENNE MANGOT
Après avoir chanté et dansé "Nissa la Bella", ma ville natale, j'ai poursuivi mes études à Paris puis à Lyon. Instrumentiste "da gamba", j'ai plaisir à jouer la basse comme le dessus, les violes comme les violoncelles, à marier de nouveaux timbres et à explorer différents modes de jeux. Je partage mon temps entre concerts, enregistrements et enseignement.

Violoncelle baroque Gérard Sambot - Paris 1997, d'après Antonio Stradivarius.

JEAN PAUL TALVARD
Contrebassiste depuis plus de vingt ans, j’ai eu l’occasion de mettre en pratique un certain nombre de découvertes musicologiques concernant l’utilisation de la basse.
Dès le XVIe siècle, on trouve le terme « Violone» pour l’instrument le plus grave de la famille des cordes (celle des violons ou celle des violes de gambe).
Violones se déclinent:
-Une caisse en forme de viole ou de violon.
-De trois à six cordes en boyau accordées en quartes ou quintes.
-L’archet pouvant être tenu au-dessus ou au-dessous.
-Avec ou sans frettes
-en sons réels ou à l’octave.
Dans cet enregistrement, j’ai joué deux violones: un « petit» (plus gros qu’un violoncelle, aussi en son réels, mais avec un son plus fondamental), et un gros sonnant l’octave en dessous (correspondant à la contrebasse).
Nous avons préféré ce dernier pour les sinfonias et le concerto de violon, afin de leurs donner plus de profondeur.
Le « petit » s’est révélé idéal pour les deux concertos Brandebourgeois car il apportait de la densité sans alourdir l’ensemble.
Aussi le terme « Violone Grosso » que Bach spécifie dans son premier concerto Brandebourgeois contrairement au «Violone»dans les cinq suivants, ne serait-il pas une indication d’octave?

Violone anonyme allemand XIXe siècle
Violone grosso anonyme français XVIIIe siècle

MICHAELA CHETRITE
Du Jean Sébastien BACH cinq jours durant au monastère de Saorge, loin de tout, au rythme des violons, flûtes à bec ,hautbois, basson trompette....Avec des repos dans le jardin aux herbes aromatiques donnant sur les montagnes...Allant du clavecin à l'orgue pour marier et avec quelles harmonies les hautbois et viole d'amour à la viole de gambe, les violons au violoncelle et au violone ...quelle joie et quelle plénitude musicale!

Clavecin 1981 copie blanchet 1750 Willard Martin
Orgue coffre 2006 Johann Deblieck

JEREMIE PAPASERGIO
Il y a quelques mois, la Société de Musique Ancienne de Nice me donne carte blanche pour la réalisation d’un enregistrement. Mon choix se tourne vers Bach et ce pour de multiples raisons…pourtant ces partitions sublimes auraient pu nous intimider, mais je nous sentais prêts à relever ce défi d’interpréter cette musique universelle, d’autant que les riches combinaisons instrumentales de ces œuvres permettaient de mettre chacun de nos musiciens en valeur.

Basson à 4 clefs de Charles Bizey (milieu XVIIIe) et Laurent Verjat (1996)